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Le cas Rachida Dati

France Info - 16 décembre 2008

La position de la Garde des Sceaux semble de plus en plus fragile. Celle qui apparaissait hier encore comme la protégée de Nicolas Sarkozy n’est plus dans les petits papiers du Président. Désavouée par ce dernier à l’occasion de l’affaire Filippis, puis par le Premier Ministre sur son projet d’incarcération possible des mineurs des 12 ans, elle tente aujourd’hui d’éteindre l’incendie provoqué par un article du Point qui remet en cause sa loyauté vis-à-vis du président.

“Choquée”. C’est l’un des termes employés vendredi par Rachida Dati pour exprimer son sentiment vis-à-vis de l’article “totalement faux” du Point.
Dans cet article, il est insinué qu’elle pourrait faire preuve d’indiscrétions concernant la gestion de l’ancien fief de Nicolas Sarkozy dans les Hauts-de-Seine, et de ses “histoires de famille”... Tout cela, laisse entendre le Point, pour sauver sa place.
Si Rachida Dati, affirme que "(sa) fonction... (son) statut, (ses) convictions personnelles et (sa) loyauté sans faille à l’égard du chef de l’Etat sont à l’opposé de ce que (le Point) insinue", il n’en reste pas moins que le doute s’amplifie quant à son avenir au sein du gouvernement.

Le reportage complet et en direct de Yannick Falt.  (4'50")
 

Une Garde des Sceaux plusieurs fois désavouée

Longtemps couvée par le Président, la Ministre de la Justice friande de tenues haute couture semble naviguer seule contre tous aujourd’hui.
Fragilisée depuis le début par l’opposition d’une grande partie du monde judiciaire à ses réformes, “la petite protégée” du Président, n’est restée en place que grâce à son soutien.
Un soutien qui apparaissait déjà ténu en octobre dernier lorsque le monde judiciaire est descendus dans la rue.
Rachida Dati, a aussi été exclue du "G7" des ministres reçus régulièrement à l’Elysée… Mais tout cela n’est rien comparé aux désaveux publics auxquels elle doit faire face :

- Alors qu’elle temporise face à "l’erreur matérielle" ayant permis la remise en liberté d’un violeur présumé, Nicolas Sarkozy demande depuis Pékin de rectifier le tir.
- Quand elle juge "tout à fait régulière" l’interpellation musclée d’un journaliste de Libération, le président, lui, dit comprendre "l’émoi" et annonce une mission de réflexion.
- Même le Premier ministre s’y met. Quand elle estime que l’incarcération possible des mineurs dès l’âge de 12 ans relève du "bon sens", François Fillon s’y dit "totalement hostile" (lire ici)

Des réformes qui passent mal…

Christophe Régnard est le président de l’USM  (Union Syndicale des Magistrats), syndicat majoritaire  (4'40")
 

Depuis le début de l’année, la garde des Sceaux a affronté la colère des magistrats, des avocats et des élus locaux, unis contre sa réforme de la carte judiciaire.
En décidant de supprimer plus de trois cents juridictions en France, la ministre de la Justice s’est mis à dos le monde judiciaire. Il lui est reproché de mener une politique du "tout carcéral" incohérente, puisqu’elle veut en même temps multiplier les aménagements de peine.
Après avoir lancé, puis abandonné, l’idée de confier les divorces à l’amiable aux notaires, elle a évité, de justesse, un blocage des prisons par les surveillants. Mais leur colère n’est rien comparée à celle des magistrats.
Les juges se plaignent de ses "atteintes" à leur indépendance.
Ils réagissent vivement quand en septembre elle convoque des procureurs généraux pour "statistiques décevantes" sur les peines plancher. Même réactions lorsque ses services d’enquête interrogent en pleine nuit les magistrats responsables de l’incarcération à Metz d’un mineur qui s’est suicidé.
Le Conseil supérieur de la magistrature la rappelle alors à l’ordre.

… Mais des réformes voulues par le Président

Si les rumeurs la donnent partante de la place Vendôme, tout le monde ne la voit pas forcement quitter le gouvernement. Les détracteurs de Rachida Dati reconnaissent qu’elle a rempli son contrat en appliquant la politique de fermeté voulue par le président.
Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur, rappelait samedi que “ceux qui disent du mal de Rachida n’ont pas fait le quart des réformes qu’elle a portées”.
Un point de vue soutenu par le sénateur UMP des Hauts-de-Seine. Jean-Pierre Fourcade souligne "les réformes courageuses" entreprises par la Garde des Sceaux, qui est, selon lui, "une femme... loyale".
Une loyauté qui ne dépend peut-être plus tout à fait d’elle. Concernant l’affaire du Point, le député socialiste Arnaud Montebourg veut des éclaircissements : "Soit la ministre a connaissance d’irrégularités de nature à mettre en cause le président…, et elle s’empresse dans ce cas de faire ouvrir une enquête, soit… elle s’empresse de les démentir immédiatement"… Le démenti est tombé, mais il n’aura pas suffi. Les élus PS du conseil général des Hauts-de-Seine ont demandé l’ouverture d’une "enquête judiciaire" sur "les informations dont disposerait" Rachida Dati.

Jamila Zeghoudi, Yannick Falt avec agences

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